Formation
ACCUEILFORMATIONSPIRITUALITÉRESSOURCESNOUS JOINDRE

Le Dieu qui est partout ne parle pas partout

6 décembre 2009
Année C : 2 e dimanche de l’Avent
Luc 3, 1-6

« À travers le désert, une voix crie: Préparez le chemin du Seigneur. » (v.4b)

Ils sont bien rares, dans le Nouveau Testament, les passages dans lesquels se manifeste le souci de situer les événements dans le temps et l’espace. Il nous faut donc être reconnaissants à Luc d’en avoir rédigé un concernant Jean-Baptiste. Nous passerions pourtant à côté de ce que l’auteur veut nous dire, si nous nous contentions de chercher à savoir à laquelle de nos années correspond la date mentionnée, de décrire les personnages ou de situer les lieux. Tout cela est certes fascinant, mais ce n’est pas pour nous donner de telles informations que Luc écrit. Bien qu’il rédige son texte de façon prudente, son propos est beaucoup plus subversif qu’il n’y paraît.

Son texte a l’air bien innocent: voici en quelle année, sous quels régimes politiques ou religieux, et à qui la parole de Dieu fut jadis adressée. Certes, c’est bien ce que les mots écrits disent explicitement. Mais ce faisant, mine de rien, ils indiquent aussi en quels lieux et à quels personnages la parole de Dieu ne fut pas adressée.

Pas de parole de Dieu pour Tibère César, le maître de l’empire, le divin césar, détenteur du pouvoir suprême, glorifié - dans ses temples et par tout ce qu’il pouvait y avoir de voix officielles - comme la plus haute expression de la divinité sur terre.

Pas de parole de Dieu pour les héritiers d’Hérode le Grand, représentants de Rome sur le territoire qui leur était confié. Hommes aux vêtements somptueux et aux résidences luxueuses (Luc 7, 25). Genre d’hommes desquels on disait, selon les mots de Luc lui-même, que leur voix était celle d’un dieu plutôt que d’un homme (Actes 21, 12). Hommes auxquels on pouvait donc s’attendre que la parole de Dieu soit adressée.

Même pas de parole de Dieu pour les grands prêtres de Jérusalem. Ces hommes de la famille d’Anne, pépinière de grands prêtres au 1er siècle de notre ère. Hommes puissants, courroies de transmission des ordres de Rome auprès du peuple, en contact direct avec le Dieu de l’univers dans son unique lieu de résidence sur terre.

Pas de parole de Dieu, donc, pour les grands responsables de la religion, de la politique, de l’économie. Pas de parole de Dieu à Rome, centre du monde. Pas de parole de Dieu au temple de Jérusalem, cœur de la religion du peuple élu.
C’est au désert que ça se passe. Un endroit qui n’est pas seulement un désert de grand monde, mais l’endroit par excellence de la résistance, de l’opposition, de la rencontre percutante avec un Dieu qui, depuis le temps de Moïse, s’oppose aux projets oppresseurs des pharaons de tous les temps.

Et c’est à un prophète que ça s’adresse, et même plus qu’un prophète (Luc 7, 26). Un homme qui demande l’impossible: Lavez-vous de toutes vos saletés. Rasez-moi ces montagnes-là. Comblez-moi ces ravins. Redressez-moi ces chemins tordus. Bien sûr qu’il ne parle pas d’environnement! Dieu n’a pas besoin d’un terrain planche pour intervenir. Et les saletés (ou «péchés») dont le prophète demande de se laver n’ont pas grand-chose à voir avec le sens que nous donnons couramment à ce mot, et tout à voir avec les hommes et lieux dont je viens de parler. Les péchés, ce sont les organisations des sociétés humaines qui ont été mises en place et continuent d’être érigées au profit des grands et au détriment des pauvres. Ce sont les empires, les économies meurtrières, les guerres, les gouvernements au service des systèmes plutôt que des humains, et les religions qui veulent asservir plutôt que libérer. Ces péchés, évidemment, ce sont aussi les miens, dans la mesure où je refuse d’être un homme ou une femme libre, où je baisse les bras pour avoir la paix ou par opportunisme, où je décide de profiter du système pour m’en tirer le mieux possible - et tant pis pour les autres!

Ce n’est qu’au désert que s’entendent ces appels à l’impossible. Méfiez-vous de toute parole de Dieu qui n’est pas prononcée au désert.

André MYRE
Montréal

Présence magazine

 

 

 

Archives - Présence magazine

 

Année A - 2010-2011
Année B - 2011-2012

Année C - 2009-2010

 

 

 

On répond à
vos questions

 

Couverture

 

 

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine

Service d'aide aux catéchètes
www.catechetes.qc.ca