
10 juin 2012
Année B : Le Saint-Sacrement du corps et du sang du Christ
Marc 14, 12-16.22-26
« Prenez, ceci est mon corps. […] Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude. » (v.22b.24)
Le 6 décembre 1989, un événement tragique se produisait à l’Université de Montréal. Quatorze jeunes femmes étaient assassinées à Polytechnique. L’une d’elle, Barbara Daigneault, avait, peu de temps avant, demandé à son père de rassembler toute la famille pour un repas. Ce fait m’a été révélé le soir du lancement d’un livre intitulé Des femmes aussi portent la croix. J’avais écrit ce chemin de croix pour faire mémoire, dix ans après l’événement, de ces femmes à qui on avait volé non seulement leur vie, mais aussi leur mort. Il n’était pas normal qu’elles meurent ainsi. Or, comme les quatorze stations du chemin de la croix sont davantage fidèles à ce qui est dit dans l’évangile depuis la réforme liturgique, la première station rappelle le dernier repas de Jésus avant de mourir. Et – n’est-ce qu’un hasard? – j’avais dédicacé cette première station à Barbara. J’ai appris, le soir du lancement, combien ce repas partagé en famille quelques jours avant la mort de Barbara avait revêtu un sens particulier. « Un repas à ne pas oublier », m’avait dit un membre de la famille. Et cela me donne à penser au dernier repas de Jésus.
Jésus arrive à la fin de sa vie. Marc le dit déjà au premier verset du quatorzième chapitre de son évangile: « Les grands prêtres cherchaient comment arrêter Jésus par ruse pour le tuer ». Puis, au verset douze du même chapitre, Jésus envoie ses disciples faire les préparatifs du grand repas pascal, le plus grand repas de l’année où les Juifs célèbrent leur délivrance de l’oppression égyptienne au temps de Moïse. Ce repas allait être le dernier que Jésus partagerait avec ses disciples avant l’assassinat dont il allait être victime : « Un repas à ne pas oublier! » Certes, Jésus pressentait sa mort prochaine, mort qu’on allait lui voler puisque celle à laquelle il aurait pu s’attendre aurait dû être la lapidation promise aux prophètes plutôt que la crucifixion réservée aux criminels.
Lors de ce repas, la Cène, Jésus refait les gestes que tout père de famille faisait lors du repas pascal. Il bénit Dieu pour le pain et le vin qu’il partage ensuite avec ses convives. (Marc 14, 22-24) Mais, il donne un sens nouveau à ces rites. Le pain qu’il partage après avoir prononcé la bénédiction, c’est son corps; c’est toute sa vie qu’il donne pour qu’elle devienne source de toute vie. Il en va de même du vin chargé du don infini de son amour pour la multitude, c'est-à-dire pour l’humanité entière. Pressentant le rejet dont il allait être l’objet, Jésus révèle sa passion d’amour: accomplir jusqu’au bout la mission qui lui était confiée jusqu’au don de la vie qu’on allait lui ravir; renouveler en lui l’alliance qui sera scellée en sa mort sur la croix. Ce don que Jésus fait de sa vie est de soi une œuvre de compassion pour l’humanité : il va pâtir avec l’humanité, pour l’humanité. Il va prendre en son corps la souffrance multiple du monde, y compris le péché du monde.
Aurons-nous jamais fini de percevoir la grandeur de l’eucharistie? La fête du Saint-Sacrement du corps et du sang du Christ est peut-être l’occasion qui nous est offerte de rendre grâce avec plus de conviction et de foi pour cette vie donnée de Jésus. Faisant cela, peut-être serons-nous amenés à faire mémoire du dernier repas, de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ, non seulement dans la célébration eucharistique, mais encore dans le don de notre propre vie. Tout ce que nous partageons de notre vie : - notre temps, nos talents, notre personne tout entière… - peut être uni au don que le Seigneur Jésus a fait de sa vie, lui qui est venu, qui vient et qui viendra pour nous prendre avec lui afin que Dieu soit le tout de notre vie éternelle.
Denise LAMARCHE
Longueuil
Ce numéro est le dernier de Présence magazine.
Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine
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