
19 février 2012
Année B : 7e dimanche ordinaire
Marc 1, 40-45
« Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé, porté par quatre hommes. » (v. 3)
Nos ancêtres dans la foi étaient des nomades, gens en marche. Toujours à étudier le paysage, à scruter le sol, à humer le vent, pour trouver leur chemin. Voyageant léger sur le chemin de la vie, riches de millénaires d’expériences transmises par leurs propres ancêtres. Rien de pire pour eux que d’être perdus, désorientés, déboussolés, égarés, ou arrêtés, ne sachant plus où aller. C’était vrai de leur marche dans le désert, c’était tout aussi vrai de leur marche dans la vie. Le mot qui, dans les textes qu’ils nous ont légués, est souvent traduit par «péché» a ce sens fondamental de perte de direction, d’arrêt sur le chemin de la vie. Cela n’est pas sans importance pour comprendre le sens du passage sur la guérison du paralytique.
Quand les Anciens nous parlent, comme Marc le fait dans le récit, c’est la direction à prendre dans la vie qui les intéresse. On peut dire que la Bible tout entière n’est qu’une longue réponse à la question: que faire pour bien vivre? Même quand elle parle de Dieu, elle n’a que cette question en tête. Quand elle en dit quelque chose, ce n’est jamais pour dire ce qu’il est en lui-même, mais parce qu’elle y voit le Guide par excellence.
Le malade du récit est un homme arrêté dans la vie, il ne va nulle part. Heureusement pour lui, il n’est pas seul. Ils sont quatre à marcher à sa place, à le mener à Jésus. Souvenons-nous de l’autre paralytique, en Jean 5, qui, lui, n’a personne pour prendre soin de lui et le faire descendre dans l’eau bienfaisante. La solitude est une dimension importante du péché, non pas au sens de geste coupable, mais au sens où il s’agit d’une réalité qui rend difficile d’avancer droitement dans la vie. Seul, on avance mal, on discerne mal, on perd intérêt à avancer, on tourne en rond en perdant le chemin de vue pour ne s’occuper que de soi. Seul, le paralytique n’aurait pu se rendre à la maison de Jésus, contourner la foule, grimper sur le toit et trouver en soi les ressources de courage pour mettre le toit en pièces. Voilà pourquoi, Jésus prend bien soin de noter la confiance de ses quatre amis, avant de déclarer au paralytique qu’il y a de l’espoir pour lui. Il n’est pas seul, il va retrouver son chemin.
Mais cela ne se fera pas sans mal. Car, sur le chemin, il y a des contrôles, des postes de péages, des panneaux indicateurs, des embranchements, des carrefours, des croisements. Il y a toutes sortes de chemins, qui vont dans toutes les directions. Il y a surtout plein de gens qui se sont attribué la fonction de guides des autres. Gens qui ont monté toutes sortes de systèmes et qui sont payés pour y conduire le plus de monde possible. Prenez ma carte de crédit. Votez pour mon parti. Suivez les règles de ma religion. Lisez ma chronique. Pensez comme nous, car nous nous savons ce qui est bien pour vous. Tous ces gens ne craignent rien de plus que la direction qui se prend à la suite de l’écoute de la vie intérieure. Qu’est-ce qui lui prend de parler comme ça? Eux, ils savent ce que Dieu veut. Au fait, ce qu’ils savent, c’est surtout où eux veulent conduire les gens pour se satisfaire eux-mêmes. Ils préfèrent voir un homme seul, qui ne va nulle part, qu’un homme vivant, entouré d’amis, qui sait où il va. Aussi travaillent-ils d’arrache-pied à former des individus isolés à qui ils feront consommer et avaler n’importe quoi, et à détruire les collectivités qui cherchent à marcher droit.
C’est cela le péché. Un immense système au service duquel travaillent une multitude de propagandistes, tous occupés à brouiller les pistes pour que nul ne trouve son chemin. Et, partout, une foule faite de gens isolés qui cherchent péniblement à s’orienter humainement dans la vie. Tout n’est pas perdu cependant. Il y a l’Humain (le Fils de l’homme), qui sait remettre les siens sur le chemin. Il y a plein de petits groupes de quatre ou cinq amis décidés à s’entraider. Il y a des gens arrêtés qui se remettent en marche. Et, quand cela arrive, les gens n’en reviennent pas: On n’a jamais vu ça!
La foi n’appelle pas à établir un système ou une organisation. C’est une poussée dynamique qui met en marche vers l’espoir. Quand cela arrive, c’est que le péché est pardonné, la boussole intérieure fonctionne, et le monde autour souffle un peu mieux. La foi est un GPS pour gens qui veulent trouver leur chemin dans la vie.
André MYRE
Montréal
Service d'aide aux catéchètes
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