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Un visage bienveillant

25 décembre 2011
Année B : Nativité du Seigneur
Luc 2, 1-14

« Voici que je viens vous annoncer une Bonne Nouvelle, une grande joie pour tout le peuple. » (v. 10)

Des bergers dans les champs, la nuit, gardant leurs troupeaux: des gens ordinaires dans leur lieu et temps de travail, occupés à leur tâche. Des bergers: à cette époque, des gens qui n’ont pas socialement de prestige, utiles par leur travail mais peu considérés.

Une expérience spirituelle forte leur arrive, qui ressemble à celle des disciples de Jésus, plus tard, sur la montagne de la transfiguration: la gloire de Dieu se révèle et ils sont enveloppés de lumière. Ils sont remués intérieurement et bouleversés, saisis d’une grande crainte, comme toute personne vivant une expérience de transcendance, qui les dépasse.

Cette transfiguration ne se vit pas dans un lieu rare et sacré, mais en plein cœur de leur vie ordinaire, dans les champs. Le messager est l’Ange du Seigneur: la même figure qui apparût à Moïse, alors qu’il gardait lui aussi son troupeau. Mais le plus important, comme dans tout récit de révélation, sur la montagne, au temple ou en mer, c’est la Parole. Les bergers sont appelés à aller plus loin que leur première réaction et à entendre une Parole qui annonce la lumière.

Le message est une Bonne nouvelle, littéralement un Évangile. Par-delà et à travers les traits de ce récit autour de la naissance d’un enfant, que nous trouvons poétiques ou charmants, c’est une réalité plus profonde, l’essentiel de la foi chrétienne, le kérygme, qui est transmis aux bergers. Que contient-il? Une nouvelle qui est bonne, qui n’est pas une mauvaise nouvelle: cela est plutôt rare de nos jours. La joie est associée à cette annonce, et non seulement pour quelques uns mais pour tout le peuple. Cet événement réjouissant n’est pas ancien dans le passé ou lointain dans l’avenir, mais advient aujourd’hui, au présent. Il est centré non pas sur une brillante idée, un plan bien organisé, ou une morale détaillée, mais sur une personne, qualifiée de Sauveur, Messie, Seigneur.

On s’attendrait ensuite à être conduit dans un lieu prestigieux, où rencontrer un tel personnage. Mais le messager donne un signe très différent de cette attente: un nouveau-né dans une mangeoire, voilà la Bonne Nouvelle! Et celle-ci n’est pas banale, malgré son apparence, car elle engage Dieu lui-même, le ciel et la terre, avec la gloire et la paix. Quel est le secret ou le mystère qui est ainsi dévoilé? Il est simple et radical, profond et éclairant: le Dieu vivant et glorieux est bienveillant, il aime les humains. Cet enfant en est le visage.

Ces dernières années, en Église, nous parlons de mission et d’évangélisation, de transmission de l’Évangile, dans un contexte où la foi chrétienne est devenue minoritaire et suscite indifférence ou hostilité. En octobre 2012, un Synode des évêques aura lieu qui portera sur la nouvelle évangélisation. En cette fête de Noël, nous sommes appelés à nous recentrer sur l’essentiel de cet Évangile, qui n’annonce pas n’importe quoi et n’importe qui. Le récit des bergers nous offre des pistes fondamentales, à accueillir, explorer et mettre en œuvre.

Que font les bergers suite à leur expérience? Il vaut la peine de compléter le récit. Tout d’abord, ils réagissent, ils agissent: ils se déplacent et vont vers l’enfant. Et ils le font en se hâtant, comme Marie pour la visitation. Ils trouvent l’enfant et le regardent, temps d’intériorisation et d’approfondissement. Puis, ils ne se contentent pas de rentrer chez eux. Ils deviennent à leur tour des messagers de la Bonne Nouvelle et suscitent l’étonnement chez d’autres. Et la joie continue de les habiter: ils glorifient Dieu, comme le faisaient les premiers messagers. Le processus d’évangélisation est ainsi suggéré dans toutes ses étapes.

Il y a vraiment de quoi nous inspirer, là où nous sommes, dans nos champs et travaux. Une expérience transformante peut nous y advenir et nous mettre en route, jusqu’au signe offert dans notre aujourd’hui et jusqu’à l’annonce du visage bienveillant et de sa lumière.

Daniel CADRIN
Montréal

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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine

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