Formation
ACCUEILFORMATIONSPIRITUALITÉRESSOURCESNOUS JOINDRE

Il n’y a pas de plan

18 décembre 2011
Année B : 4edimanche de l'Avent
Luc 1, 26-38

«Voici la servante du Seigneur, que tout se passe pour moi selon ta parole. » (v. 38)

Le récit de l’Annonciation est à la fois simple et complexe, et il peut être aussi bien nourrissant pour la foi que destructeur. Il va de soi que le texte a été écrit des années après la mort du Nazaréen. En effet, il est manifestement tout imprégné de la foi chrétienne en Jésus, seigneur et fils de Dieu.

Ici, il faut s’arrêter et réfléchir un peu. Jusqu’à nouvel ordre, Jésus doit être considéré comme un authentique être humain. C’est ce que veut dire le vrai homme de la fameuse formule « vrai Dieu, vrai homme ». Or, il fait partie de la condition humaine que d’avoir continuellement à discerner, faire des choix, orienter sa vie. Un être humain se décide jour après jour. C’est ce qu’a fait le Nazaréen, et de belle façon, puisqu’il a provoqué la joie de Dieu: « Tu es mon fils, que j’aime tant, de toi, j’ai été content ». Malgré que cette phrase se retrouve dans le texte du baptême, elle porte un jugement rétrospectif sur l’ensemble de la vie de Jésus. Dieu a été content de cette vie. Il est très important de prendre conscience de cela, parce qu’il aurait pu en être autrement. Si Jésus a été vrai homme, c’est qu’il portait la responsabilité de ce qu’il est devenu. Et si Dieu a été content de lui, c’est que, pendant tout le cours de sa vie, il se tenait les doigts croisés (si on peut dire), espérant qu’il lui soit fidèle jusqu’au bout. En tout cas, c’est ainsi que le Nouveau Testament comprend les choses et s’explique la résurrection et la seigneurie de Jésus : c’est la réponse de Dieu à son extrême fidélité. Joie et soulagement d’avoir enfin trouvé quelqu’un qui, contrairement à tous les autres jusque-là, avait constamment répondu aux interpellations de sa Parole (son Verbe).

Une fois cette fidélité admise, comme le signifie la résurrection, le Nouveau Testament va considérer qu’elle vaut pour toute la vie de Jésus, depuis les débuts. C’est sur ce fond de scène qu’il faut lire le texte de l’Annonciation. Prenons un exemple tiré du récit. Quand le messager de Dieu dit à Marie, parlant de Jésus: « Il sera grand, sera appelé fils du Très-Haut et recevra le trône de David… » (v. 32), ce n’est pas une prédiction qui lui est faite, à Nazareth, en l’an 7 ou 8 avant l’ère chrétienne. La phrase fait partie d’un dialogue, écrit en grec, peut-être dans la région d’Antioche, dans les années 70-80.

Le grand danger de prendre un tel récit au pied de la lettre, c’est que cela fausse radicalement l’appréciation de la vie de Jésus, et de la vie humaine en général. Le Nazaréen perd son libre arbitre, sa capacité de discernement, la responsabilité de sa vie, et il devient le nécessaire artisan d’un grand plan tout décidé d’avance, à l’issue tout à fait prévisible. Ce qu’il y a de désastreux, là-dedans, c’est que la vie de Jésus, tout comme le texte des évangiles, se lisent comme une belle histoire dont les enjeux sont fondamentalement décrochés de notre propre existence. Jésus avait un plan de vie à suivre, dont l’issue était déterminée d’avance, une mort sur une croix, suivie d’une résurrection glorieuse. Tout est arrivé selon le plan.

Mais il n’y a jamais eu de plan. Dieu ne planifie rien pour les humains, il a un désir à leur sujet. Puissent-ils être heureux, ensemble, sur la magnifique planète qu’il leur a donnée comme maison. Malheureusement, les humains se sont inventé un système monstrueux, au profit d’une minorité, et au détriment de la majorité. Ils se sont créé des empires avec polices et armées pour préserver leurs privilèges, des frontières pour empêcher les pauvres de les atteindre, et des lois pour justifier leurs injustices. Et quand se lèvent des humains pour contester ces systèmes oppresseurs, ils s’en débarrassent. C’est le sort qu’ils ont réservé à Jésus. Mais la foi chrétienne dit que ce dernier régnera d’un règne sans fin, qui mettra un terme définitif à ces organisations qui n’ont cessé de pervertir le désir de Dieu.

Sur la ligne de l’histoire, il n’y a pas de plan. Il y a la fidélité d’hommes et de femmes à écouter le désir de bonheur qui les étreint et à signifier au monde l’injustice qui la détruit. Sur cette ligne d’hommes et de femmes fidèles, il y a eu une ado, fiancée qui s’est retrouvée enceinte avant le temps, et son fils, charpentier établi fils de Dieu pour l’éternité. Parce qu’ils ont laissé le souffle de Dieu agir en eux.

Beau et dangereux texte.

André MYRE
Montréal

Présence magazine

 

 

Année en cours
• B • 2011-2112

 

 

 

Archives

 

Année A - 2010-2011

Année C - 2009-2010

 

 

 

On répond à
vos questions

 

Couverture

 

 

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine

Service d'aide aux catéchètes
www.catechetes.qc.ca