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Pour plus de justice… la bonté!
Matthieu 20, 1-16a

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VigneCet évangile de Matthieu porte un coup mortel à la théologie de la rétribution. Dans ce récit, le Christ nous invite à dépasser la justice du calcul, du marchandage et du mérite, pour appliquer la justice de la gratuité et de la bonté. En effet, Matthieu veut illustrer que la bonté n’offense aucunement la justice; au contraire, elle permet une plus grande justice et on n’a pas à s’en offusquer lorsqu’elle est appliquée.

La communauté chrétienne de Matthieu est très diversifiée; elle est composée de Juifs convertis, dès la première heure, et de païens arrivés sur le tard. Dans cette parabole, le Christ de Matthieu nous invite à distinguer la bonté de la justice, non pas en les comparant, mais plutôt en les superposant. Ce qui est juste, c’est l’entente conclue entre le maître et ses ouvriers. Ce qui est bon, c’est la gratuité avec laquelle sont rémunérés ceux qui sont appelés à la dernière minute.

La question qu’on peut se poser est la suivante : Pourquoi y en a-t-il qui s’engagent à la dernière minute? Est-ce par paresse? Par ignorance? Non! Selon Matthieu, les raisons sont multiples. Il en a retenu une : « Ils lui répondirent : Parce que personne ne nous a embauchés » (Mt 20,7). Au temps de Matthieu, les retardataires pouvaient être des lépreux, des infirmes, des publicains, des prostituées, des exclus, des poqués, des blessés de la vie que personne ne voulait voir ou côtoyer. À ceux-là, il n’est rien dit sur le salaire juste; cela ne les empêche pas d’aller travailler à la vigne, lorsqu’ils sont appelés.

Une autre question surgit : À la fin de la journée, lorsque vient le temps de distribuer les salaires, pourquoi le maître commence-t-il par les derniers? S’il avait payé aux premiers le salaire convenu, ceux-là n’auraient pas su combien touchent les autres; aussi, comme ils ont travaillé toute la journée à la chaleur, pourquoi doivent-ils maintenant faire la queue pour être payés?

Matthieu veut sans doute faire comprendre aux chrétiens de sa communauté que la justice est une valeur essentielle dans l’Église, mais qu’elle n’est pas un absolu. La bonté la surpasse, sans l’offenser, et c’est pourquoi, en donnant autant aux derniers qu’aux premiers, le maître n’enfreint pas la règle de la justice, mais il applique aux derniers la bonté, afin que soit rendue la justice aux plus petits, aux plus pauvres et aux plus fragilisés. Ceux-là ne peuvent l’obtenir autrement.

Bien malin celui ou celle qui peut prétendre connaître la justice de Dieu et en définir les limites de sa bonté et de sa gratuité. Comme le disait si bien saint Alphonse de Liguori : « Si on devait se tromper sur Dieu, vaudrait mieux le faire en exagérant sa bonté qu’en durcissant sa justice ».

Raymond Gravel ptre
Diocèse de Joliette

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